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Du tourisme médical au tourisme santé

tour_medicalNous connaissons les travers du système de santé au Québec : urgences bondées, délais démesurés pour rencontrer des spécialistes, pour passer des examens médicaux, manque de lits et de personnel dans les hôpitaux. Soignants et soignés, tout le monde en subit les conséquences.

Dans une société riche et moderne comme la nôtre, on est en droit de se demander ce qui cloche. Pourtant la santé constitue la condition première à notre réalisation personnelle, familiale et sociale. Avons-nous les moyens d'entretenir dignement la santé et de favoriser le bien-être de tous? En faisons-nous une priorité? Quelles sont les ressources mises à notre disposition pour ce faire? Comment notre société prend-elle soin d'elle-même? Alors que nous devrions retirer de la fierté d'un système de santé public, comment expliquer que de plus en plus de gens se tournent vers des soins privés, que ce soit ici ou à l'étranger?

Agacés par l'inefficacité du système ou poussés par des besoins qui grandissent plus vite que la disponibilité des soins, les citoyens recherchent des alternatives. C'est ainsi qu'on se rend consulter un dentiste à Cuba, une esthéticienne en Thaïlande, un chirurgien en Roumanie, etc.

La situation qui prévaut dans le système de santé nous met dans l'obligation de nous prendre en mains. Ironiquement, nous pourrions dire que c'est la meilleure chose qui pouvait nous arriver. Cela nous amènera peut-être à comprendre que la santé est avant tout un devoir personnel envers soi-même.

Au-delà du fait de pouvoir se payer le luxe de soins adéquats, ici ou ailleurs, nous devons surtout comprendre que nous sommes en grande partie responsables de notre santé et que cela relève de notre qualité de vie. En fait, l'une dépend de l'autre. Comment mangeons-nous, dormons-nous, bougeons-nous, travaillons-nous? Quel type de rapports entretenons-nous avec nous-mêmes, notre famille, notre entourage, nos collègues, nos concitoyens? Comment faisons-nous face au stress, aux irritants de la vie? Comment vivons-nous nos joies et nos peines?

La santé est un état global. Elle repose sur le bon fonctionnement de notre être entier, corps, âme, esprit. Elle dépend aussi de celle de notre environnement. Notre survie est directement liée à la qualité de l'eau que nous buvons, de l'air que nous respirons et de la terre que nous cultivons. C'est ce que nous apprend l'approche holistique.

Il est vrai que nous sommes de plus en plus nombreux à nous tourner vers les alternatives qu'offre la santé naturelle. Déçus par la médecine conventionnelle, acculés au pied du mur par la lenteur du système public ou tout simplement inspirés par une philosophie différente de la santé, nous empruntons des chemins parallèles. Ainsi, non seulement sommes-nous tentés d'aller nous faire soigner ailleurs mais aussi de nous faire soigner autrement.

Malheureusement la naturopathie n'a pas encore atteint la reconnaissance officielle qu'elle mérite pour sa contribution au maintien du bien-être des individus. Peu de soins relevant des médecines dites non-conventionnelles sont couverts par le système de santé publique. On peut également déplorer le manque de collaboration entre les approches conventionnelles et alternatives, dont les praticiens pourtant visent le même but, celui du mieux-être global et du soin des malades. Pourquoi ne pas partager les savoirs et expertises pour le plus grand bien du plus grand nombre? Heureusement des voix s'élèvent dans certains milieux, qui parlent de médecine intégrative et de santé globale.

Nous ne pouvons que souhaiter avoir plus largement accès aux thérapies naturelles. Et pourquoi pas sous forme de tourisme? L'idée ne serait pas nouvelle, d'ailleurs. Depuis l'antiquité on va « prendre les eaux » dans des villes thermales. Aux siècles passés, les sanatoriums ont attiré nombre de tuberculeux voulant profiter de l'air purificateur de la montagne.

Aujourd'hui, il est dans l'air du temps de profiter d'un congé pour aller se remettre en forme en pratiquant des activités dans un cadre naturel, se ressourcer dans un environnement propice à son bien-être, prendre le temps d'un contact avec la nature, avec soi. Il n'y a qu'à regarder les offres : stages de développement personnel et de gestion de stress, marche dans la nature, oxygénation en montagne, yoga au bord de la mer, cures et guérisseurs en tous genres ... les propositions abondent dans les milieux alternatifs.

Alors, pour rester dans l'optique de la pensée holistique qui en est une de prévention plutôt que de guérison, nous suggérons de parler ici de « tourisme santé ». Cette approche a l'avantage de nous responsabiliser face à notre santé, en nous maintenant moins dépendants d'un système public trop souvent inadéquat.

La question du tourisme médical soulève celle de la qualité et de l'accessibilité des soins de santé offerts par une société à ses citoyens. Elle appelle une réflexion beaucoup plus large. Pour l'aborder efficacement, il faudra ouvrir le dialogue, envisager une diversité d'approches et une plus grande collaboration des intervenants, qu'ils proviennent des milieux conventionnels ou alternatifs, qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs. Il est grand temps d'adopter une vision globale de la santé.

Marie-Claude Julien
Naturothérapeute