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Thermalisme : l'or bleu des Pyrénées

Écrit par LADEPECHE.FR.

La fréquentation des stations thermales a progressé en 2010 : 9 millions de journées de soins ont été délivrées à 500 000 curistesLe thermalisme, qui a tenu dernièrement son salon annuel à Paris, affirme son efficacité et élargit son offre. Très développé dans le Grand Sud, il est source d'emplois.

On disait le thermalisme à bout de souffle, démodé, archaïque. Il entend prouver le contraire. Alors que se profile à l'horizon 2 012 l'échéance de l'actuelle convention quinquennale qui le lie à l'assurance-maladie, il prépare activement son avenir en développant de nouveaux champs de compétence qui, espère-t-il, contribueront à lui donner plus de lisibilité et surtout un statut propre dans notre système de soins.

Le Conseil national des établissements thermaux (CNETH) qui regroupe les 105 stations françaises dont 32 sont en Midi-Pyrénées et une cinquantaine dans le Grand Sud, défend ce point de vue auprès des pouvoirs publics. Il est d'autant plus à l'aise que, en dépit de la crise, la fréquentation des stations a progressé en 2010 : 9 millions de journées de soins ont été délivrées à 500 000 curistes.

« Le thermalisme a toute sa place dans notre système de soins et un grand avenir dans le secteur du bien-être, en dehors de la prise en charge de l'assurance -maladie », reconnaît, prudent, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, avant d'ajouter « les villes thermales ont acquis un renom qu'il convient de valoriser par de nouvelles initiatives. »

Cela tombe bien car les établissements thermaux dans leur ensemble se sont engagés dans l'éducation thérapeutique, en mettant en place des structures d'éducation dans les domaines de l'hygiène de vie, de la diététique, de la nutrition, de l'activité physique, du stress et du bien vieillir. Ils s'impliquent aussi dans des protocoles de recherche en lien avec les hôpitaux tels Purpan et le CNRS. Les stations des Hautes-Pyrénées ont ainsi apporté leur concours à l'étude Maäthermes réal isée dans le cadre de la loi HPST (hôpital, patients, santé et territoires) qui reconnaît l'obésité comme un problème de santé publique. Chaque année en France, 50 000 obèses effectuent une cure pour commencer à éliminer leur surcharge pondérale. « Elle agit comme un starter et s'accompagne d'un suivi médical » disent les médecins qui la préfèrent dans bien des cas au maquis des régimes. Bagnères-de -Bigorre a lancé un programme Morphée conçu pour lutter contre les troubles du sommeil et de l'anxiété. Ussat-les-Bains, spécialisé dans le traitement de la maladie de Parkinson, organise des séances de sophrologie, de gymnastique adaptée et des conférences en partenariat avec les CHU de Toulouse. Les thermes de Luchon ont mis au point une cure de sevrage tabagique avec accompagnement personnalisé par une équipe pluridisciplinaire, un programme adapté à chacun et des suivis post-cure.


"Tournés vers l'avenir"

Marie-Christine Harispuru, directrice des thermes de Cauterets

Quel avenir pour le thermalisme ?

Je nous vois en route vers un bel avenir. Nous avons des résultats probants, à tout âge, chez les plus jeunes comme les plus âgés et à moindre coût. Je ne vois pas les pouvoirs publics et la Sécurité sociale ne pas nous suivre. Chaque année, 500 000 curistes fréquentent nos stations pour un coût de 200 millions d'euros ce qui ne représente que 0,15 % du budget de la Sécurité sociale. Le coût moyen de trois semaines de cure est de 500 euros, soit celui d'une journée d'hospitalisation.

Pour assurer les soins il faut un certain nombre de kinésithérapeutes...

Oui et en France les quotas de diplômés sont trop bas. Il en manque. Nous devons faire appel à des renforts espagnols et maintenant roumains. Pour exercer ces métiers ils doivent avoir passé leur diplôme dans leur pays, l'avoir fait traduire afin d'obtenir une équivalence auprès du ministère de la Santé français. Il existe une grille des salaires à laquelle chaque station se tient et nous les logeons.

Quelles autres catégories de personnel vous faut-il ?

Des infirmières qui assurent le suivi des patients à la cure et des hydrothérapeutes qui ne sont pas nécessairement qualifiés bien que depuis 1998 il existe un diplôme d'État et une formation reconnue à Gréou-les- Bains (Bouches-du-Rhône). Nous employons aussi des blanchisseurs, du personnel administratif, d'entretien, hôtelier et des jardiniers. Au total à Cauterets, comme dans les autres stations où les chiffres avoisinent les nôtres, les thermes fonctionnent avec 150 personnes à temps plein et induisent beaucoup d'autres emplois sur la ville. Les hautes saisons sont pour nous le printemps et l'automne avant les périodes où l'on attrape des allergies et où les rhumatismes font le plus souffrir. Nous fermons en décembre et janvier car nous avons besoin de deux mois pour assurer l'entretien.


Va-t-on manquer de médecins thermaux ?

Près de 800 praticiens thermaux dont 70 % de généralistes exercent à l'heure actuelle. Leur moyenne d'âge oscille autour de 55 ans. 60 % d'entre eux prendront leur retraite d'ici huit à dix ans.

Leur renouvellement suscite des inquiétudes car la médecine thermale souffre aujourd'hui d'un déficit de reconnaissance auprès des étudiants en médecine. Pour le docteur Palmer, président du Syndicat national des médecins thermaux, « seules quelques heures en cinquième année sont consacrées au thermalisme. C'est tout à fait insuffisant. Il suffirait d'introduire dans les épreuves nationales classantes quelques questions en lien avec le thermalisme pour inverser la vapeur. On ne dénombre chaque année pas plus d'une dizaine de praticiens en formation en hydrologie dans toute la France contre une quarantaine il y a quinze ans ».

Il demande aussi une revalorisation de leur rémunération fixée par Caisse nationale d'Assurance maladie (CNAM) et qui n'a pas été réévaluée depuis 2003.

Elle se résume à un forfait qui inclut une visite et la surveillance thermale. Or, partie prenante de l'évolution du thermalisme et des nouveaux protocoles mis en place, les médecins thermaux demandent à faire plus.

Ils souhaitent rebâtir un nouveau forfait thermal, « l'ouvrir au dépistage, à la prévention, à l'éducation thérapeutique », dit le Dr Palmer. Il espère beaucoup des négociations à venir avec la CNAM.


Le chiffre : 97 %

curistes> Effets durables. Selon 97% des curistes, il existe des effets thérapeutiques durables à leur cure, en particulier une diminution des douleurs ( selon une enquête TNS-Sofres Healthcare).